La Bretagne a traditionnellement une réputation de pays orienté au centre, et les bretons ont la réputation de voter pour des
courants de pensée allant du centre gauche au centre droit, incarnant pour la plupart la mouvance dite chrétienne-démocrate, dans le sillon du catholicisme social. Ce schéma un peu simpliste (le
Trégor penche clairement à gauche, certaines campagnes plutôt à droite) est cependant une constante en Bretagne, ce qui explique aussi les votes positifs des bretons sur les questions
européennes... ou de régionalisation !
Lors des dernières élections présidentielles, les bretons ont placé en première position Ségolène Royal et non Nicolas Sarkozy,
et ont placé François Bayrou à plus de 4% de la moyenne hexagonale. Ce vote apparaît logique, mais il y a une donnée qui pourrait bien avoir été sous estimée : celui du vote des militants
politiques bretons. Le potentiel électoral est réputé être relativement faible, mais traditionnellement l'Emsav votait plutôt à gauche, pour l'UDB, certaines fois l'extrême gauche ou le
PS.
Un changement notable a cependant été noté : le vote d'un certain nombre de militants en faveur de François Bayrou. La position
du Parti Breton (qui officiellement n'a appelé à voter pour personne, mais qui de fait a poussé au vote Bayrou pour tenter de récupérer la dynamique centriste dans les prochaines années) a fait
apparaître qu'une partie de l'Emsav orientait plutôt les perspectives électorales au centre, selon un positionnement qui est traditionnellement celui des bretons, bien que ces derniers l'adoptent
surtout dans un cadre français.
Le discours de François Bayrou était, parmi les 4 candidats les plus sérieux pour la qualification au second tour, le plus développé, ou le moins effacé selon les points de
vue sur les questions culturelles et régionales. Il y a donc dans ce vote des militants bretons pour Bayrou une correspondance entre les positions sur les questions politiques générales (Europe,
économie, société, etc) mais aussi une idée que Bayrou pouvait peut être le meilleur ou du moins le moins pire des quatre candidats pour la Bretagne et pour ses enjeux : réunification,
régionalisation, questions linguistiques etc...
On peut aussi noter que Ségolène Royal et François Bayrou se sont posé comme des opposants au système jacobin de la Ve
République, et ont tenu un discours qui en soi pouvait faire croire à une évolution vers un système plus "girondin", et non "jacobin".
L'influence du vote dit de l'Emsav sur le vote en faveur de Bayrou peut donc être interprété de deux façons : les militants
bretons se sont plutôt rapprochés de Bayrou que des autres candidats, ou les bretons se sont rapprochés de Bayrou plus que les autres hexagons, en partie grâce aux thématiques de l'Emsav reprises
par Bayrou, qui se pose donc en candidat "girondin".
Dans les deux cas, le Parti Breton qui avait tenté de faire monter le vote Bayrou peut déjà se réjouir pour trois raisons : le
positionnement traditionnellement centriste de la Bretagne est très largement confirmé (François Bayrou a largement fait campagne contre le clivage idéologiquement français "droite-gauche", ce
qui renforce le Parti Breton sur sa ligne politique qui est précisément celle-ci. De plus, il se pourrait que les bretons ne soient pas restés insensible au discours plutôt positif (ou moins
négatif) de F. Bayrou sur les thématiques dites de l'Emsav. Enfin, si cette analyse se confirmait dans les années à venir, cela signifierait que le Parti Breton tire son épingle du jeu dans la
présidentielle par rapport aux autres mouvements, très à gauche ou très à droite et dont le positionnement a clairement été rejeté massivement par les bretons.
On ne doit en effet pas oublier une chose : qu'ils votent breton ou qu'ils votent français, les électeurs votent aussi voire
avant tout pour un positionnement : cela est vrai en Ecosse où le SNP gagne beaucoup de voix sur son projet de société. Cela veut dire que discours breton ou français, le positionnement
(typiquement français) très à gauche ou très à droite ne fait pas recette chez les bretons, et que le positionnement centriste apparaît largement plus porteur électoralement. C'est somme toute
assez logique au regard du vote historique des bretonnes et des bretons.
Ruzdu
par Breujoù Breizh
publié dans :
Numéro 1
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